Une meuleuse. Quelques étincelles. Des résidus inflammables au sol. Et, quelques minutes plus tard, un incendie suffisamment important pour mettre en péril une partie essentielle de l’activité d’une entreprise.
Le scénario peut sembler exceptionnel. Pourtant, les travaux dits « par points chauds » font partie des risques incendie auxquels les entreprises doivent être particulièrement attentives. Soudure, meulage, découpe, chalumeau, brasage… ces opérations sont courantes dans de nombreux environnements professionnels. Le danger ne vient pas nécessairement de l’opération elle-même. Il résulte souvent de la rencontre entre une source de chaleur ou des étincelles et un environnement qui n’a pas été suffisamment sécurisé.
C’est précisément pour prévenir ce type de situation qu’existe le permis feu.
Travaux par points chauds : un risque incendie à ne pas banaliser
Dans une entreprise industrielle, voir un salarié ou un prestataire utiliser une meuleuse peut paraître parfaitement banal. C’est parfois cette banalité qui constitue le premier danger. Une opération réalisée régulièrement peut progressivement être considérée comme maîtrisée. Les habitudes s’installent et certaines précautions peuvent sembler superflues.
Or, un travail par point chaud produit une flamme, des étincelles ou une source de chaleur susceptible d’entrer en contact avec des matériaux combustibles. Une étincelle projetée à plusieurs mètres ou atteignant un endroit peu visible peut suffire à provoquer un départ de feu. Le permis feu constitue justement un outil opérationnel permettant d’identifier ce risque avant de commencer les travaux.
Un incendie réel provoqué par une opération courante
Le retour d’expérience présenté par Gan Assurances est particulièrement instructif. L’entreprise concernée fabrique des silos, des trémies et leurs accessoires, avec notamment des produits finis en acier et en polyester.
Le 28 août 2023 à 15 heures, un intérimaire travaille à la réalisation d’un cône de vidange de silo, sous la surveillance d’un opérateur. Lors du démoulage, une meuleuse est utilisée afin de découper la partie inférieure du cône et de retirer une pellicule de résine. L’intérimaire entaille alors le moule en acier. La meuleuse produit une gerbe d’étincelles. Des particules d’acier en fusion tombent sur des résidus de résine polyester présents au sol. Ils s’enflamment. Un geste professionnel courant vient de déclencher un incendie.
Du départ de feu à un sinistre majeur
Le personnel tente dans un premier temps de maîtriser le départ de feu à l’aide d’extincteurs portatifs. Mais l’environnement favorise rapidement son développement.
Des bidons de diluants, de résine et d’accélérant de polymérisation s’enflamment. Les flammes atteignent également des produits semi-finis en polyester présents dans l’atelier. Face à la violence du feu et aux fumées abondantes et toxiques, le personnel doit évacuer. L’ampleur de l’intervention donne une idée de celle du sinistre : environ 50 pompiers et 23 véhicules sont mobilisés. Les secours doivent également protéger les installations voisines, notamment un local de stockage de durcisseurs présentant un risque d’explosion en cas d’exposition à un flux thermique élevé.
Nous ne sommes alors plus face à un simple incident d’atelier. Nous sommes face à un événement susceptible de déstabiliser toute une entreprise.
Le véritable coût d’un incendie ne se limite pas au bâtiment
Pour un dirigeant de PME, c’est probablement le principal enseignement de ce retour d’expérience. Lorsqu’on pense au risque incendie, on pense naturellement aux machines, aux marchandises et aux bâtiments détruits.
Mais les conséquences opérationnelles peuvent être beaucoup plus profondes. Dans le cas présenté, le bâtiment et son contenu ont été détruits à 100 %. Surtout, le bâtiment concerné contrôlait 75 % du chiffre d’affaires de l’entreprise. Il a donc fallu trouver rapidement des solutions pour poursuivre l’activité.
Une partie de la production a été transférée vers un autre site du groupe. Certaines fabrications ont été confiées à une entreprise française et la production de silos en polyester a notamment été sous-traitée à un fabricant italien travaillant déjà pour le groupe. Ce retour d’expérience illustre parfaitement une réalité : prévenir l’incendie, c’est aussi protéger la continuité de l’entreprise.
Le permis feu : beaucoup plus qu’un formulaire
Le terme peut induire en erreur.
Le permis feu n’est pas une simple autorisation administrative à signer avant de commencer une intervention. Il s’agit d’un document de prévention opérationnel destiné à maîtriser le risque d’incendie lors de travaux générant une flamme, des étincelles ou une source de chaleur : soudure, meulage, découpe, chalumeau, brasage…
Son objectif est très concret. Il permet d’identifier les risques propres à l’intervention, de déterminer les mesures de prévention à mettre en œuvre et de formaliser les responsabilités avant, pendant et après les travaux. Il est temporaire, spécifique à l’intervention concernée et limité dans le temps comme dans l’espace. Autrement dit, il oblige les personnes concernées à se poser les bonnes questions avant que la première étincelle ne soit produite.
Quand faut-il penser au permis feu ?
Dès lors qu’un travail par point chaud est réalisé dans ou à proximité d’une zone comportant des matières combustibles, la question doit se poser. Même vigilance lorsque les travaux ont lieu sur un site occupé ou restant en exploitation. Et le recours à une entreprise extérieure ne supprime évidemment pas le risque. Au contraire, la coordination entre l’entreprise qui accueille l’intervention et celle qui réalise les travaux devient déterminante.
La bonne approche consiste donc à ne jamais considérer une intervention comme « trop petite » ou « trop habituelle » pour nécessiter une analyse préalable. Ce n’est pas la durée du travail qui détermine son niveau de risque.
Avant les travaux : regarder l’environnement autrement
La prévention commence par une analyse de la zone. Quels sont les matériaux combustibles présents ? Existe-t-il des volumes cachés ? Des flux d’air peuvent-ils transporter des particules incandescentes ? Certains produits doivent-ils être déplacés ou protégés ?
Les combustibles doivent être dégagés ou correctement protégés. Des moyens d’extinction adaptés doivent être immédiatement disponibles et un responsable des travaux doit être clairement désigné. C’est également à ce stade que le permis feu doit être établi et signé. Cette préparation peut sembler contraignante pour une intervention de quelques minutes. Mais le retour d’expérience précédent montre précisément pourquoi ces quelques minutes de préparation peuvent faire toute la différence.
Pendant les travaux : ne pas relâcher la vigilance
Une fois l’opération commencée, les conditions définies dans le permis doivent être strictement respectées. La zone doit faire l’objet d’une surveillance continue et aucune modification non validée des conditions d’intervention ne doit intervenir. C’est un point essentiel.
Un permis feu parfaitement rempli mais oublié dès le démarrage du chantier n’apporte qu’une protection très limitée. L’intérêt du dispositif repose avant tout sur son application concrète. Le permis feu n’est donc pas une fin en soi. C’est le support d’une méthode de prévention.
Après les travaux : le risque n’est pas forcément terminé
La fin de l’utilisation d’une meuleuse ou d’un chalumeau ne signifie pas automatiquement la disparition du danger.
Un point chaud ou une combustion lente peuvent subsister et provoquer un départ de feu après le départ de l’intervenant. C’est pourquoi une surveillance de la zone doit être maintenue pendant une durée définie. Il convient également de vérifier l’absence de points chauds ou de départ de feu avant de procéder à la levée formelle du permis. Cette phase « après travaux » mérite autant d’attention que la préparation de l’intervention.
Qui est responsable du permis feu ?
Lorsque les travaux sont confiés à un prestataire extérieur, une idée peut rapidement apparaître : puisque l’entreprise extérieure réalise les travaux, elle est responsable de la sécurité de son intervention. La réalité est plus nuancée.
L’entreprise donneuse d’ordre reste responsable de son environnement, de l’analyse des risques et de la coordination. L’entreprise intervenante est, de son côté, responsable de la mise en œuvre des mesures de sécurité pendant les travaux. La responsabilité est donc partagée. Elle ne se délègue jamais totalement. Pour le dirigeant, l’enjeu consiste à s’assurer qu’une véritable procédure existe et qu’elle est connue aussi bien des collaborateurs que des entreprises extérieures susceptibles d’intervenir sur le site.
Prévention et assurance : deux protections complémentaires
Le retour d’expérience montre également qu’après un sinistre, la question n’est plus seulement : « Combien avons-nous perdu ? » Elle devient : « Comment continuons-nous à travailler ? ». Dans le cas présenté, la reprise de l’activité a notamment nécessité le transfert d’une partie de la production vers des sous-traitants et le versement de la perte d’exploitation pour couvrir les charges fixes.
Après le sinistre, l’une des principales mesures de prévention prises a également été la formalisation du permis feu et l’application des procédures correspondantes à chaque travail par point chaud. L’assurance intervient pour accompagner les conséquences du sinistre. La prévention cherche, elle, à réduire la probabilité qu’il survienne et à en limiter la gravité. Les deux démarches sont indissociables dans une politique efficace de gestion des risques.
Dirigeants de PME : quand avez-vous vérifié votre procédure pour la dernière fois ?
Le permis feu n’empêche pas à lui seul un incendie. En revanche, son absence ou sa mauvaise application constitue un facteur aggravant majeur dans de nombreux incendies liés aux travaux par points chauds. Pour un dirigeant, la bonne question n’est donc pas uniquement de savoir si son entreprise possède un modèle de permis feu dans un classeur ou sur son serveur. Il faut surtout savoir s’il est réellement utilisé.
Qui décide de son établissement ? Qui le signe ? Les prestataires extérieurs connaissent-ils la procédure ? Les zones sont-elles contrôlées avant les travaux ? Une surveillance est-elle organisée après l’intervention ? Les moyens d’extinction sont-ils adaptés et accessibles ?
Quelques questions simples qui permettent parfois d’éviter des conséquences beaucoup plus complexes. Car entre quelques étincelles dans un atelier et plusieurs mois de perturbation pour une PME, la distance peut malheureusement être très courte.